La Vérité en Contrebande n° 23-24 - Décembre 2008

février 9th, 2009

Misère de la politique

« De quelle avanie historique Badiou est-il le nom ? ». Décryptage de l’ouvrage De quoi Sarkozy est-il le nom? Hélène Lafrégère

I –Le degré zéro de l’analyse. II–Colossale finesse : combattre le communisme en feignant de le défendre.

Le «Nouveau Parti Anticapitaliste» un miroir aux alouettes? Mireille Rey

Sous la rhétorique de “l’anti”, le choix d’un camp impérialiste contre un autre ? L’encouragement à des regroupements de type “identitaire” ou: l’impossibilité d’unir des facteurs qui portent à la division. Un “anti-capitalisme”sans analyse des contradictions de ce régime, et sas poser les conditions de leur résolution.

Les classes populaires ont-elles intérêt à achever de dissoudre la démocratie représentative? Simone Lafont

Lénine : Le degré de démocratie atteint (dans les régimes bourgeois) dépend du passage de l’hégémonie aux classes populaires, lors des moments décisifs de l’histoire nationale.

Autour du mot communisme et du contenu historique de ce mot. Jean-Louis Leblanchet

Le mot et sa réalité historique. Que s’agit-il de renier ? Un sondage sur “l’image du communisme”. Des conceptions en opposition.

LECTURES

Julien Landfried, Contre le communautarisme. Eric Delecour

Les dégâts de la politique “multiculturaliste”. Bruno Parent

1968 — Un processus de déconstitution ?

Témoignages

Quarante ans après, les choses ont “empiré”. Mireille Popelin

Retour à la case départ? B.C.

Un “détricotage” de la République. Bernard Lepetit

1968 Quel bilan historique? Hélène Desbrousses

– Caractère spécifique du Mai 68 français. Deux mobilisations distinctes. – Le jeu des facteurs internes : Quelles classes en mouvement ? – L’équivoque de Mai 68. Un positionnement de classe ambivalent. – Facteurs externes: une modification du statu quo entre puissances.

CRISES

A propos de l’explication des crises. Nécessité de prendre la théorie de Marx pour une théorie et non pour un simple vivier de citations. Catherine Babet, Jean-Pierre Vincenti

I – La contradiction entre le caractère social des forces productives et le caractère privé des rapports sociaux de production (et son impact sur les crises de surproduction). II – La production marchande contient en germes, plus ou moins développés, les déterminations des états de crise du capitalisme.

Ceux qui veillent aux affaires du capital nous avaient avertis : « c’est le règne de l’anarchie ». O.P.

DOSSIER de PRESSE

A l’Est quoi de nouveau? Bernard Lepetit

I — Ossétie du Sud, Abkhazie, Géorgie, Russie, août à octobre 2008. II — économie, Mouvements de capitaux, mars à juin 2008. [Les promesses du marché automobile russe]. III — Stratégie, diplomatie, questions militaires, mars à juin 2008. [La visite du Président Medvedev en Chine ; la question de l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN ; Mongolie]. IV — Données diverses.

Que signifie “mondialisation” ?

février 9th, 2009

La notion de mondialisation.

Ce qu’elle signale,

ce qu’elle masque


Le mot “mondialisation” est relativement récent, mais non la tendance auquel le mot renvoie.

Sans adjonction d’un qualificatif (mondialisation de l’économie, mondialisation financière, etc.) ce mot a peu de sens. Il évoque un processus d’extension du monde, la question étant de savoir ce qui s’étend ou se répand. Le mot monde pour sa part a deux sens principaux: une aire dans l’espace, la planète, et l’idée d’un certain arrangement, disposition, ordre interne. Mondialisation en ce sens signifierait l’extension à la planète d’un seul système, c’est-à-dire d’un seul régime social.

Au regard de l’évolution historique, la diffusion du mot mondialisation correspondrait alors au retour à un régime et un processus engagés à la fin du XIXe siècle.

On doit par conséquent se demander quelle était (et quelle est de nouveau) la “logique” unique qui régissait (et régit) ce régime économique et social, étendu à toute la planète. Et en quoi cette logique conduit nécessairement à la mise au premier plan des divisions, contradictions internes du capitalisme (entre classes, entre puissances), celles qui avaient abouti à l’émergence d’un autre ordre du monde, (socialiste).

Quand on parle de mondialisation, ses contradictions sont peu mises en avant. On évoque rarement les oppositions entre classes ou entre puissances capitalistes. Il est surtout fait référence à une relative homogénéisation principalement dans le domaine économique: marché planétaire, idée d’espace économique unique, de décloisonnement des marchés, d’interdépendance, de globalisation financière, de réseaux transnationaux, de flux instantanés, en relation avec l’idée d’une transformation structurelle, de dynamique nouvelle, etc. On tend à insister sur la relative uniformisation, la standardisation du monde, des normes, etc. L’autonomisation de l’économique, du mode de régulation par le marché, la finance “internationale”, rendraient obsolètes les barrières économiques, les frontières politiques, la souveraineté des États, la structuration en nations, les réglementations, et plus généralement ce qui est censé diviser: le ou la politique.

Ces thèmes de la domination par l’économie de la politique, de l’interdépendance mondiale du marché, du caractère obsolète des nations, ne sont pas nouveaux.

L’idée d’extension au monde entier de l’économie de marché est exposée dès le milieu du XIXe siècle, aussi bien chez les économistes libéraux que socialistes, et pas seulement chez Marx.

Dans le Dictionnaire de l’Économie politique publié en 1850, on salue le processus irrépressible de l’échange universel qui s’étend au globe, contre les «barrières artificielles» des frontières, des nations, des réglementations, et plus généralement contre toutes les contraintes politiques.

Si les libéraux de cette époque évoquent peu la “lutte des classes”, il y a perception de la lutte pour la «préférence pour le marché», et ce qu’elle implique, la constitution de blocs rivaux. Dès le premier tiers du XIXe siècle, du côté des socialistes, la critique de cet ordre libéral est très vive. On dénonce les méfaits du régime de la concurrence entre capitaux, qui se substitue à la souveraineté politique du peuple (signalant que la concurrence élevée à un échelon universel ne peut résoudre ce qu’elle ne résout pas à l’échelon national). Contre ce régime absurde, qui régulièrement conduit à la crise, au chômage, à la misère, on projette la possibilité d’un autre régime économique, fondé sur la socialisation des moyens  de production, et dirigé par le bien commun: le socialisme.

Avant la Première Guerre mondiale, les théoriciens de diverses tendances sont beaucoup plus clairvoyants qu’aujourd’hui. Beaucoup d’entre eux perçoivent l’existence des oppositions de classes et des rivalités entre puissances pour le partage des débouchés. Certains indiquent que cette rivalité implique nécessairement la guerre, et qu’à “économie mondiale” (mondialisation) correspond la possibilité d’un caractère mondial de la guerre. à la même époque cependant, comme aujourd’hui, d’autres imaginent qu’une l’extension pacifique du capitalisme est possible. Ils parlent d’un inter-impérialisme ou d’un ultra-impérialisme, ou évoquent la possibilité de ce que l’on nommerait maintenant une “autre mondialisation”. La suite de l’histoire a permis d’établir qui avait le mieux analysé la “logique” du capitalisme parvenu au stade impérialiste

Dans la situation actuelle, la notion de mondialisation a joué un rôle d’écran, masquant les oppositions inhérentes au mode de production capitaliste. Elle a aussi été utilisée en tant que fétiche dans les mobilisations “anti-mondialisation”. Cette thématique de l’anti-mondialisation (ou de l’alter mondialisation), s’est construite en miroir sur celle de mondialisation, avec les mêmes angles morts et une évacuation partielle des contradictions économiques ou sociales internes.


De l’anti-mondialisation au combat contre “l’Empire”

Dans la mesure où la notion de mondialisation n’était pas rapportée à la logique interne d’un régime social, une tendance s’est développée tendant à identifier la mondialisation à une puissance unique, la puissance mondiale des États-Unis. Ce qui est dénoncé est l’hégémonie américaine, et elle seule, en tant qu’elle imposerait son ordre au monde entier, réduisant l’Europe au statut de “vassal”. Ce thème “européen”, faut-il le rappeler, était déjà présent dans les débats avant la Deuxième Guerre mondiale et au cours même de celle-ci. D’une thématisation en termes d’économie globale, processus plus ou moins involontaire, on est ainsi passé à une analyse en termes de domination, de pouvoir, annonçant la thématique de l’Empire, qui sera bientôt reprise aussi bien dans les courants de gauche que de droite.

Un seul centre de domination est désigné, l’Amérique. Mais la promotion de la notion d’Empire signale aussi involontairement la fracture du monde issu de la fin de la guerre froide, révélant l’exacerbation de la rivalité entre puissances. La notion sert à donner le beau rôle à “l’Europe” dans le combat impérialiste qui l’oppose aux États-Unis. Elle sert aussi à masquer le contenu de la lutte (rivalité entre puissances), là aussi en présentant “l’Europe” dans le rôle de la victime, soumise à une domination, et non jouant son propre jeu. L’opposition n’est posée que dans le sens États-Unis/Europe, jamais dans le sens Europe États-Unis.

Ces thèmes de domination mondiale unique, associé au monde “anglo-saxon” ou aux États-Unis, et de “vassalisation” de l’Europe ne sont pas nouveaux non plus. Déjà, avant la guerre de 1914, on s’inquiétait de la montée en puissance de l’économie américaine et l’on redoutait la perte d’influence du continent européen. Au cours de l’entre-deux-guerres, en même temps que la crainte à l’égard du monde soviétique, s’affirmait le thème de «l’impérialisme yankee», et du danger qu’il représentait pour les autres puissances capitalistes.

On posait que contre cet asservissement, cet état de vassalité, l’Europe devait se libérer. L’Allemagne jouait comme aujourd’hui un rôle moteur dans la dé-vassalisation projetée.

La dénonciation de la position impériale des États-Unis, de son hégémonie économique et politique, qui persiste pendant toute la Seconde Guerre mondiale, présente des traits communs avec celle de l’Empire. Des termes tels que «mirage impérialiste de domination», «principe ultra-impérialiste», «impérialisme insatiable», «menace sur le monde» étaient en effet déjà proposés.

Contre ce danger impérialiste, l’unification de l’Europe se présentait alors comme un acte de survie économique, impliquant une “collaboration européenne” renforcée, et ceci même après le déclenchement de la guerre. Cette collaboration européenne supposait à son tour la mise au second plan des barrières: frontières, nationalisme, dans une perspective supra-nationale.

On peut observer aussi que la phrase de gauche anticapitaliste: lutte contre le capital international, contre la finance internationale, liées au monde anglo-saxon, était un leitmotiv, notamment dans les discours des ténors du fascisme allemand.

quiz europe

février 9th, 2009

Testez vos connaissances sur l’Europe

1) « Les gouvernements français et allemand partagent la conviction que des relations de bon voisinage pacifiques entre la France et l’Allemagne constituent un des éléments essentiels de la consolidation de l’Europe et de la paix mondiale»
a) Margaret Thatcher b) Ribbentrop  c) Jacques Chirac d) Jean Monnet

2) « Voici donc la France et les Français au seuil de leur nouveau destin… l’Europe, qui a besoin d’eux comme ils ont besoin d’elle… Et devant eux encore, entre eux et la paix, entre eux et l’Europe, cette autre certitude, cette grande et inéluctable réalité : l’Allemagne. L’Allemagne à laquelle la guerre les a liés, tout d’un coup, mille fois plus étroitement qu’ils ne l’avaient été dans la paix depuis des siècles.
Il y a d’abord ce fait, qui à lui seul a peut-être plus de sens encore qu’une victoire : l’Allemagne forme au centre géographique de l’Europe un bloc de 80 millions d’hommes, et par sa densité démographique, sa vitalité, son potentiel technique et moral, elle en constitue en même temps le centre de gravité… »

a) Raymond Postal b) Felipe Gonzalez c) Robert Brasillach d) François Mitterrand

3) «Il faut la création d’une Union européenne des États, l’élimination des guerres inter-européennes, car on vient de plus en plus, dans toutes les questions d’intérêt commun pour l’Europe, à une unité fondamentale des pays européens face aux États non européens »
a) Henri de Kérillis  b) Lionel Jospin c) George Bush d) Ribbentrop

4) « La discipline en matière budgétaire est à présent considérée comme une vertu dans d’importants pays partenaires au même titre que chez nous. Les participants à l’union européenne suivront un modèle commun : l’Allemagne. La banque européenne centrale, formée sur le modèle allemand, assurera la stabilité de la monnaie européenne. Dans ce domaine également, l’Allemagne s’est imposée sur toute la ligne »
a) Helmut Kohl b) Pie XI c) John Major d) Hans-Olaf Henkel

5) « Quand je parle de l’Europe des régions, il s’agit d’une image qui n’a rien à voir avec les frontières nationales. Il s’agit d’un territoire industriel occidental, d’une Europe centrale unique où le nord de l’Italie a davantage d’intérêts communs avec le Sud de l’Allemagne qu’avec le sud de l’Italie »
a) Mussolini b) Frandjo Tudjman c) Hans-Dietrich Genscher d) François Léotard

Les réponses

février 9th, 2009

Réponses au quizz

1) 1938, Ribbentrop, ministre des Affaires Étrangères nazi, à Georges Bonnet

2) 1941, Raymond Postal, collaborateur durant l’occupation nazie

3) 1943, Von Ribbentrop, encore lui

4) 1995, Hans-Olaf Henkel, président de la Fondation des Intellectuels allemands

5) 1996, Hans-Dietrich Genscher, ex-ministre des Affaires Étrangères allemand



Vous aviez tout  deviné, n’est-ce pas ?